La Compagnie des auteurs : Dostoïevski

Dostoïevski par Vassili Perov


Chaque semaine, du lundi au jeudi, Matthieu Garrigou-Lagrange se penche sur un grand auteur du patrimoine littéraire mondial. Biographes, chercheurs, écrivains, traducteurs, éditeurs, autant de passeurs de savoirs et d’expériences pour raconter et analyser les œuvres.  Cette semaine, c'est  Dostoïevski qui est à l'honneur, via quatre épisodes :

Dostoïevski (1/4) : Une vie de Dostoïevski
Dostoïevski (2/4) : Un roman fantastique ?
Dostoïevski (3/4) : Un corps omniprésent
Dostoïevski (4/4) : Un passage à l'acte



Quelques repères bibliographiques :


Dostoïevski par Virgil Tanase, Collection Folio biographies, Gallimard, Date de parution : 23/05/2012

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Il est rare de rencontrer un auteur aussi bouleversant et aussi bouleversé que Dostoïevski. La vraie découverte [du peuple], il la fait au bagne. Il découvre qu'il y a dans ces gens simples une beauté qu'il n'arrive pas à exprimer. Dans la misère morale la plus totale, il existe en chacun une lumière. Ce qui est fondamental chez Dostoïevski, c'est que la beauté naît de la souffrance. Pour Dostoïevski, il y a dans l'existence un mystère que la science ne peut résoudre. Avec la science et la logique, on ne peut faire que des fourmillières. (Virgil Tanase)

Les Démons de Fedor Dostoïevski, Traduction d’Élisabeth Guertik et Jean-Louis Backès. Édition préfacée, annotée et commentée par Jean-Louis Backès, Le Livre de Poche, 896 pages, Date de parution: 26/01/2011

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Jean-Louis Backès, professeur émérite de littérature comparée à l'université Sorbonne-Paris 4 et spécialiste de littérature russe, est l'auteur d'un essai sur Crime et Châtiment, publié dans la collection Foliothèque en 1995. Il a aussi réalisé une édition critique des Démons, au Livre de Poche (2011). Il est aussi l'auteur de plusieurs romans, dont Carènes publié chez Grasset en 1984.




Crime et châtiment de Fédor Dostoïevski, Essai et dossier par Jean-Louis Backès, Collection Foliothèque, Gallimard, 192 pages, Date de parution : 04/01/1995

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La force de Crime et châtiment, c'est de ne jamais réduire en idées simples ce geste qui est presque indicible : j'ai tué la vieille. Dostoïevski comprend qu'un homme ne peut se raconter lui-même que de plusieurs façons différentes. (Jean-Louis Backès) 

Dostoïevski est l’inventeur du caractère polymorphe : c’est à dire que Molière ou Racine ou les grands classiques ont des caractères d’un seul tenant, tandis que Dostoïevski a fait une découverte en psychologie qui est l’équivalent de celle de De Vries dans le monde de l’histoire naturelle : la mutation spontanée... Vous voyez une crapule, comme dans Crime et Châtiment... qui tout à coup devient une espèce d’ange... C’est cette imprévisibilité, cet inconnu de la nature humaine qui est le grand intérêt de Dostoïevski. L’homme est un inconnu pour lui même et il ne sait jamais ce qu’il est capable de produire sous une provocation neuve. (Paul Claudel, lettre à Jacques Rivière du 17 février 1912).


Dostoïevski : Le roman du corps par Michel Eltchaninoff, Editions Jérôme Millon, 355 pages, Date de parution 14 novembre 2013

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Ivan Karamazov est l’un des personnages les plus célèbres de la littérature mondiale, et pourtant personne ne sait à quoi il ressemble. Pas de portraits, pas de corps objectifs, mais une plongée très évocatrice dans la Russie de l'époque. Qu'est-ce que cela révèle du monde vu par Dostoïevski ?











Dostoïevski : roman et philosophie par Michel Eltchaninoff, Presses universitaires de France, Date de parution: 01/04/1998.

Disponible chez Gallica.













La Poétique de Dostoïevski par Mikhaïl Bakhtine, Essai Point, 368 pages, Date de parution : 23/10/1998















L'Œuvre de Dostoïevski, série de cinq conférences d'un quart d'heure données par Léon Chestov sur la demande de Radio-Paris : PDF disponible.

A propos de Léon Chestov :

« J’ai été révolutionnaire depuis l’âge de 8 ans au grand désespoir de mon père, écrivit-il. Je n’ai cessé de l’être que beaucoup plus tard, lorsque le socialisme “scientifique”, marxiste, eut fait son apparition ». Au tournant du siècle, il fréquente les anarchistes, écrit sur la littérature – Pascal, Tolstoï, Dostoievski, Nietzsche – et entame une œuvre philosophique. Il expliquera que son premier professeur de philosophie fut Shakespeare : « C’est lui qui m’a appris cette chose si énigmatique et inconcevable, et en même temps si dangereuse et inquiétante : le temps est sorti de ses gonds ».




Ce n'est pas la première fois que France Culture met à l'honneur Dostoïevski : en 2011, Les Nouveaux chemins de la connaissance lui a consacré quatre émissions, avec comme invité André Markowicz, traducteur des œuvres complètes de Fiodor Dostoïevski.

J'avais pris quelques notes à l'époque, que je retranscris ici :


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Traduire L'Idiot, c'est vivre, pendant un an, dans une tension incessante, avec une respiration particulière: jamais à pleins poumons, toujours à reprendre son souffle, toujours en haletant, à tenir cet élan indescriptible qui fait de presque chaque mouvement de la pensée, de chaque paragraphe, voire de chaque phrase une longue montée, une explosion et une descente brusque (...). Jamais encore auparavant l'image physique d'un auteur écrivant son roman ne m'avait autant suivi. Tous les matins, me mettant au travail avec une sorte de bonheur terrorisé, je le voyais paraître devant moi, et je me demandais: "Mais comment donc un homme peut-il écrire cela ?"

 André Markowicz (extrait de l'avant-propos du traducteur) 

Pas facile de recevoir André Markowicz tant il cherche ses mots, laisse des blancs, ne veut pas interpréter certains passages : « Ca ce n’est pas mon problème, moi je suis traducteur, ça c’est à vous de dire » ou encore « Mon travail est de permettre une interprétation en essayant d’être aussi factuel que possible ». N’empêche, son travail de traducteur est intéressant à suivre, de même sa perception du double dans l’œuvre de Dostoïevski : le regard (qui regarde qui), la gémellité, la dualité, l’impossibilité d’être face à soi-même, le reflet absent dans le miroir, être coupable d’être. La structure épileptique du roman, toujours vivante. L’intrigue qui devient poème, donc hors du temps nous dit André Markowicz...

A la fin de l'émission, nous avons droit à une citation de MARCEL PROUST, qui faisait une comparaison entre Mme de Sévigné et Dostoïevski :

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C’est comme le côté Dostoïevski de Mme de Sévigné. (...) Il est arrivé que Mme de Sévigné, comme Elstir, comme Dostoïevski, au lieu de présenter les choses dans l’ordre logique, c’est-à-dire en commençant par la cause, nous montre d’abord l’effet, l’illusion qui nous frappe. C’est ainsi que Dostoïevski présente ses personnages. Leurs actions nous apparaissent aussi trompeuses que ces effets d’Elstir où la mer a l’air d’être dans le ciel. Nous sommes tout étonnés d’apprendre que cet homme sournois est au fond excellent, ou le contraire. 

A LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU de Marcel PROUST, Tome V - La Prisonnière

Il n’y a pas de vérité toute faite dans ses roman, d’où l’importance du doute, de l’incertitude, autrement dit du vivant dans la structure même du récit : André Markowicz se demande à un moment donné « Mais où est le point ? ». Il y a une telle accumulation de propositions, virgules, de choses que cette accumulation devient à un moment insupportable, là survient la crise (dans le roman) qui devient définitive un instant : la seconde définitive dont parle Dostoïevski.

Une définition qui résume parfaitement le roman L'idiot selon André Markowicz :

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Idiôtès, idiot, signifie simple, particulier, unique ; puis par une extension sémantique dont la signification philosophique est de grande portée, personne dénuée d’intelligence, être dépourvu de raison. Toute chose, toute personne sont ainsi idiotes dès lors qu’elles n’existent qu’en elles-mêmes, c’est-à-dire sont incapables d’apparaître autrement que là où elles sont et telles qu’elles sont : incapables donc, et en premier lieu, de se refléter, d’apparaître dans le double du miroir. 

Le réel : Traité de l'idiotie de Clément Rosset


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