samedi 22 juillet 2017

Tempête par Samuel Collardey

Tempête par Samuel Collardey
Avec Dominique Leborne, Matteo Leborne, Mailys Leborne
France.  Date de sortie : 2016

C'est l'histoire de Dominique Leborne, un marin pêcheur de 36 ans souvent absent du domicile familial de par sa profession. Vivant dans un confort matériel très relatif, il a néanmoins la garde de ses deux enfants, même s'il fait plus penser à un grand frère qu'à un père. Mais lorsque sa fille, une jeune adolescente, tombe enceinte, c'est bien la présence d'un père dont elle a besoin,  lui qui est tout le temps parti en haute mer.  Cet événement sera le déclencheur d'une remise en question, aussi bien professionnelle (il reprend ses études et rêve d’avoir sa propre affaire, un petit bateau de pêche à la journée qu’il exploiterait avec son fils) que familiale (sa fille a rejoint le domicile de sa mère). De désillusion en désillusion, il tombe chaque jour un peu plus dans le grand dénuement... 

Le réalisateur Samuel Collardey part d'une histoire vécue et rejouée par les vrais protagonistes, tout en remaniant légèrement la trame d'une tranche de vie pour en faire un film à part entière. Pari risqué mais réussi. Ce portrait sincère, rugueux et sensible à la fois d'un homme qui se cherche encore et qui affronte une période difficile de sa vie est magnifiquement interprété par Dominique Leborne, qui étonne par la justesse de son jeu d'acteur.  Certes, il connait la partition pour l'avoir vécue, mais il a non seulement un beau physique d'acteur (l'affiche ne lui rend pas justice) qu'une épaisseur et une présence indéniables. Je crois que je ne l'ai pas quitté du regard une seule seconde, tant et si bien que j'ai eu le sentiment de l'avoir accompagné dans ses incertitudes et autres questionnements tout au long du film, me sentant proche et très attentive à lui mais aussi à sa fille, plus renfermée et moins accessible que son père et pourtant toute aussi bouleversante dans ses non-dits et ses silences.

Un film émouvant, généreux et qui sonne juste. Une très jolie surprise.




vendredi 21 juillet 2017

Sortilèges de Michel de Ghelderode

Aujourd’hui, c'est la fête nationale belge. Une façon comme une autre de marquer le coup est de rendre hommage à un de nos auteurs. Place donc à Michel de Ghelderode et à ses sortilèges et autres contes crépusculaires, lus il y a quelques années. Mais je profiterai bien de cette nouvelle édition pour y revenir prochainement. Et poursuivre ma découverte, car d'autres textes viennent d'être réédités  récemment chez Espace Nord.



Quatrième de couverture

Chef d’oeuvre narratif de Michel de Ghelderode, Sortilèges est l’unique ouvrage fantastique du dramaturge devenu conteur. Délaissant le théâtre au profit du conte, Ghelderode écrit avec Sortilèges et autres contes crépusculaires un recueil inquiétant et fantastique. Un des personnages rencontre le diable au coeur de Londres, pendant qu’un autre enferme le démon dans un bocal. Un chat hante le jardin d’une maison étrange et les statues s’animent, se confondent avec le narrateur. Les ambiances cauchemardesques se côtoient et la Mort se laisse distraire de ses victimes. Ces textes condensent tout l’univers de Michel de Ghelderode dans une prose pleine d’épouvante et de frissons, mais surtout peuplée des lancinantes angoisses du célèbre dramaturge.

Sortilèges de Michel de Ghelderode, Editions Espace Nord, juin 2016



Mon avis

Auteur belge d’origine flamande mais d’expression française, Michel de Ghelderode (1898-1962) est surtout connu pour ses pièces de théâtre (La Balade du Grand Macabre, Fastes d'Enfer, La Farce des ténébreux). Comme leurs titres l’indiquent, l’auteur privilégie les thématiques récurrentes que sont la mort, les ténèbres, le monde du rêve et de l’imaginaire, la peur, l’angoisse et la déchéance.

Ce recueil de nouvelles ne contredira pas l’œuvre théâtrale tant nous y retrouvons les mêmes obsessions. Mais d’abord abordons le style de Michel De Ghelderode : très belle écriture poétique mais encore faut-il ne point pécher par excès tant cette écriture peut parfois mener à un certain raffinement un peu précieux si pas affecté.

Si l’ensemble du recueil présente une merveilleuse unité dans le style et les thématiques abordées, conférant par là une grande aisance dans la lecture, les nouvelles sont malgré tout loin d’être aussi réussies les unes que les autres.

Il n’empêche, de véritables petites pépites jalonnent ce recueil, dont les excellents « Le jardin malade » et « Tu fus pendu ». Paradoxalement, c’est une des moins intéressantes nouvelles, « Sortilèges », qui donne le titre au présent recueil, comme quoi…

Pour en revenir au contenu, beaucoup de thématiques funestes s’en donnent donc à cœur joie : les masques et les fausses apparences, la décrépitude et la putréfaction, l'isolement et l’abandon, l'insondable, le rêve et les fantasmagories, la contagion et l'envahissement... mais surtout cette mort omniprésente, cette mort en mouvement, cette mort récalcitrante, cette mort qui nous hante, qui nous tente et nous fait peur, cette mort qui se joue de nous.

La Mort et les masques, James Ensor (1897)

Et puis aussi ce rire fugace et tragique à la fois, parfois malicieux, souvent grimaçant tels ces masques de carnaval à faciès drôles et inquiétants à la fois.


Extraits

Pareille à une vague dressée et suspendue sur moi, la végétation me menace ; je serai roulé en elle, avec des silex et des ossements, un jour... Ma volonté mollit sous l'action de la chaleur. On ne saurait assez prendre garde aux lieux où l'on s'établit. 

Quelles herbes, connues des nécromants, fait naître cet humus et pourquoi cette végétation reste-t-elle moite et suante, comme si la sève ne circulait pas en ses réseaux, mais bien la charnelle putréfaction qu'elle pompe dans ce terroir funéraire ? J'imagine que ses racines traversent des cages thoraciques ; je songe, non sans perversité mentale, à tout ce que le sol peut contenir qu'on ne déblaya jamais. Vais-je resté hanté par ce cimentière ? Tout m'y ramène : cette odeur d'iodoforme induisant l'esprit à funèbres pensers et exprimée de tout : des pierres, des plantes, de moi-même ; les phosphorescences nocturnes ; ces plaintes, ces complaintes, comme si l'on officiait quelque part, au plus profond de la nuit. Il s'en faudra de peu ou je m'hallucinerai. 

[...] que j'eusse aimé être Pilatus, dans un éternel silence : un homme oublié des hommes, qui sait écrire merveilleusement et qui n'écrit jamais, sachant que tout est vanité. 



Présentation de l'auteur


Auteur de quatre-vingts pièces, d’une centaine de contes et de poèmes, Michel de Ghelderode (Bruxelles, 1898-1962) a connu un immense succès auprès du public avec La Balade du Grand Macabre, Mademoiselle Jaïre et Barabbas. Ses pièces triomphent à Paris dans les années 1947-1953 et Ghelderode meurt au moment où l’Académie suédoise avait décidé de lui décerner le prix Nobel.

Source : Espace Nord, Michel de Ghelderode





Bibliographie sélective :



jeudi 20 juillet 2017

Les flops du mois de juillet, séances de rattrapage

La Confrérie des larmes de Jean-Baptiste Andrea
Avec Jérémie Renier, Audrey Fleurot, Mélusine, Bouli Lanners
France, Belgique, Luxembourg.  Date de sortie : 2013


Gabriel, un ancien flic désabusé qui a plongé dans l’alcool et les petites magouilles suite au décès de sa femme, élève seul sa fille Juliette. A court d’argent, il finit par accepter une combine très bien rémunérée pour peu qu’il ne pose aucune question sur sa nouvelle mission : déposer une mallette aux quatre coins du monde sans en connaître le contenu. Gabriel devient un homme pressé tout autant que riche, mais également un père absent. Curiosité aidant, les ennuis vont bientôt commencer… 

Jean-Baptiste Andrea a essayé de réaliser un thriller français à l’américaine et le spectateur ne demande qu’à y croire dans un premier temps. Hélas, l’intrigue tourne en rond et on commence à trouver le temps interminable à la moitié du film. Jérémie Renier n’a définitivement pas la carrure pour incarner ce type de rôle, il a beau faire des efforts, s’épaissir, se teindre les cheveux et froncer les sourcils, ça ne marche pas. Le côté caricatural du personnage ne devant pas aider non plus. Ceci dit, Audrey Fleurot fait encore moins bien, on se croirait dans un mauvais feuilleton policier français. Que dire de Bouli Lanners, qui apparaît à la toute fin du film (lors d’un épilogue tellement grotesque qu’il en devient mémorable à sa façon) et qui semble se demander ce qu’il vient faire dans cette galère. Nous aussi, on se le demande.


A Scanner Darkly de Richard Linklater
Avec Keanu Reeves, Winona Ryder, Robert Downey Jr., Woody Harrelson, Rory Cochrane
Etats-Unis. Date de sortie : 2006


Non, mais c’est quoi ce film ? Pourtant, on a connu pire comme brochette d'acteurs. Mais non seulement la plupart cabotinent furieusement (la palme d’or revient à l’acteur Woody Harrelson, talonné de très près par Robert Downey Jr et Rory Cochrane) mais ils sont tous retouchés par un programme d’animation assez immonde dans son genre. Un truc expérimental sans doute, affreux et à ne plus jamais réutiliser. Le pitch ? L’Amérique est en guerre contre la drogue, et l’agent d’infiltration Bob Arctor (joué par Keanu Reeves, insipide) se voit contraint de jouer les taupes auprès de ses amis. Il commence à péter les plombs lorsqu’il reçoit l'ordre de s'espionner lui-même, sa consommation de stupéfiant et la paranoïa ambiante faisant le reste. Cette adaptation du roman Substance mort de Philip K. Dick (que je n’ai pas lu, impossible de comparer) étouffe le spectateur sous un déluge de paroles inutiles et de gesticulations épuisantes à voir. L’intrigue est embrouillée, on ne comprend rien, on s’ennuie ferme et on attend la délivrance du générique de fin avec impatience. Ce n'est pas mauvais, c'est très mauvais.



Moi, Peter Sellers de Stephen Hopkins
Avec Geoffrey Rush, Charlize Theron, Emily Watson, John Lithgow
Grande-Bretagne, Etats-Unis.  Date de sortie : 2004


Mais pourquoi ai-je vu ce film ? Portrait toujours et exclusivement à charge de l’acteur, il est montré tour à tour égoïste, antipathique, narcissique, caractériel, superficiel, cocaïnomane, colérique, homme à femmes, mauvais époux (il se mariera quatre fois), mauvais père et mauvais fils. Que reste-t-il ? Il était bon acteur, ouf, c’est déjà ça. Mais il ne vivait que pour ses rôles et semblait creux et vide dans la réalité, un type sans personnalité en somme (du moins, si on retire toutes ses faiblesses). Il y a plusieurs séquences vraiment éprouvantes, comme celle avec sa mère au téléphone sur son lit de mort, alors qu’il ne daigne même pas se déplacer (il est sur le lieu d’un tournage et il est fort demandé) en lui faisant comprendre qu’elle exagère comme d’habitude et qu’il viendra prochainement prendre une tasse de thé lorsqu’il en aura le temps. Ce type est abject, enfin tel qu’il est dans le film. Et ce jusqu’au générique de fin, qui ne l’épargne pas non plus. Mais où est passé le formidable acteur de mon enfance ? J’ai passé deux heures en compagnie d’un monstre et il m’a poursuivi jusque dans mon lit dans la mesure où j’en ai fait des cauchemars. Mais quel est l’intérêt de présenter Peter Sellers sous un jour aussi médiocre ? J'ai le sentiment que cette adaptation cinématographique du roman de Roger Lewis (The Life and Death of Peter Sellers) va forcément déteindre sur ma façon de voir dorénavant ses films et je le regrette amèrement.


mercredi 19 juillet 2017

Le Secret de la chambre noire de Kiyoshi Kurosawa

Le Secret de la chambre noire par Kiyoshi Kurosawa
Avec Tahar Rahim, Constance Rousseau, Olivier Gourmet
France, Belgique, Japon.  Date de sortie : 2017


Synopsis

Stéphane (Olivier Gourmet), ancien photographe de mode, vit seul avec sa fille qu'il retient auprès de lui dans leur propriété de banlieue. Chaque jour, elle devient son modèle pour de longues séances de pose devant l'objectif, toujours plus éprouvantes. Quand Jean (Tahar Rahim), un nouvel assistant novice, pénètre dans cet univers obscur et dangereux, il réalise peu à peu qu'il va devoir sauver Marie (Constance Rousseau) de cette emprise toxique.



Mon avis

J'ai lu tellement peu d'avis enthousiastes à la sortie du film que je ne me suis pas précipitée en salle lors de sa sortie. Il y a pourtant de très belles choses dans ce film, je pense notamment à tout ce qui touche au début de la photographie et à cette impression de pouvoir capturer l'âme du sujet, à cette présence palpable mais inquiétante d'un fantôme, à ce double constitué par la mère défunte et sa fille, que le père "torture" en lui faisant prendre des poses très longues et immobiles, une manière comme une autre d'essayer de se réapproprier l'image de son épouse disparue. J'ai aimé également la façon dont le réalisateur s'approprie cette grande demeure passablement délabrée (et comme en écho à la psychologie des personnages), conférant à l'ensemble une tonalité sombre, mystérieuse et romantique. Plusieurs cadrages jouant sur le clair/obscur ou la pénombre et certains paysages filmés de nuit font penser à la peinture symboliste de la fin du 19e siècle, ce qui ne pouvait que me séduire.

Et pourtant l'ensemble reste assez bancal et pas vraiment abouti. On a par exemple bien du mal à adhérer à cette histoire d'opération immobilière, amenant à une étrange évolution de l'un des personnages principaux, interprété par Tahar Rahim, qui peine parfois à rendre crédible son personnage. Ceci dit, il n'est pas le seul, tant certaines scènes sonnent un peu faux, y compris quelques-unes où apparaît Olivier Gourmet, qui est pourtant un excellent acteur en général. En conclusion, j'ai aimé le traitement visuel, simple et dépouillé mais efficace du film, j'ai été moins convaincue par la psychologie des personnages et le déploiement de l'intrigue, tortueuse et bien confuse par moment. Il y a quelques ellipses également qui peuvent nuire à une bonne compréhension de l'intrigue, c'est qu'il vaut mieux garder l’œil bien ouvert (les deux si possible, mais le rythme lent n'aide pas toujours) sous peine de passer à côté et de ne plus rien y comprendre.  L'émotion, quant à elle, est mise définitivement au placard. Avis mitigé donc, mais je  ne regrette tout de même pas ma vision du film, qui m'a vraiment séduite sur le plan visuel.


Si jamais vous ne connaissez pas encore le réalisateur Kiyoshi Kurosawa, je vous conseillerai plutôt ses films Tokyo Sonata (son meilleur film vu à ce jour) ou encore Vers l'autre rive, nettement plus convaincants.


lundi 17 juillet 2017

Heaven de Mieko Kawakami


Quatrième de couverture

Deux opprimés, deux adolescents, l’un brimé pour un défaut physique, l’autre pour son apparence volontairement négligée, subissent la violence des élèves du collège. De cette souffrance cachée aux adultes, de cette résistance partagée et plus intellectuelle que physique naît une amitié fondamentale mais discrète et pudique. Une amitié à travers laquelle se construit, le temps d’une année scolaire, l’essentiel du rapport au monde de ces deux jeunes gens, alors même que tout semble fermé tant la différence et le handicap en territoire d’enfance ne génèrent que danger et isolement.

Mon avis

C'est le deuxième roman que je lis de Mieko Kawakami (voir mon court billet De toutes les nuits, les amants, son précédent - et deuxième - roman traduit) et je suis toujours aussi surprise par le manque de facilité que j'ai à lire ses romans, avec cette impression de lire beaucoup mais d'avancer peu. C'est vraiment une sensation très étrange que j'ai du mal à comprendre : je suis comme engluée dans ma lecture. Une écriture très dense, assez opaque et qui baigne dans une étrangeté qui me met mal à l'aise et qui me déconcerte, dans la mesure où il me manque clairement des repères, suffisamment en tout cas pour ne jamais être dans ma zone de confort de lectrice. 

Dans ce roman, Mieko Kawakami s'intéresse une nouvelle fois aux opprimés et aux "faibles", ceux qui n'arrivent pas à se fondre dans la masse ni à accepter ses codes, et qui restent volontairement dans une position de retrait, oscillant constamment entre la volonté de rester en marge ou de parvenir à la marge.  Ce roman-ci se distingue toutefois du précédent par son extrême violence, parfois directe et cruelle dans les scènes d'humiliation et de harcèlement à l'école, d'autre fois plus sourde et comme tapie dans l'ombre.  Quoi qu'il en soit,  nous sommes en présence d'une violence toujours éprouvante pour le lecteur, qui a bien du mal à accepter la violence frontale des agresseurs ou la passivité et la résignation docile et consentante des victimes. 

Un roman sur la différence et son rejet, la solitude, le non-dit et le silence des boucs émissaires, l'oppression et l'absence de morale du groupe social, sur l'absence des adultes, les familles recomposées, l'identité et le processus d'identification familial souterrain (être fidèle au père abandonné par sa femme du côté de la fille, qui, comme son père, ne se lave pas et néglige son apparence, être fidèle à sa mère morte du côté du garçon, surnommé "Paris-Londres" et qui, comme sa mère, souffre de strabisme).  L'importance aussi, à tous les niveaux, du regard sur soi et sur le monde, mais aussi du regard de l'autre.  

Une écriture très dense donc, construite sur un mélange de cruauté avec le groupe et de camaraderie plus calme et "plus sereine" lorsque les deux souffre-douleur vont se rapprocher, que beaucoup de lecteurs qualifient de moments d'amitiés poétiques, mais qui étaient pour ma part plutôt bizarres et perturbants. Car l'auteur met sur le même plan deux personnalités censées se reconnaître et se soutenir mais qui sont pourtant très différentes, un rapprochement pouvant selon moi aboutir à une relation malsaine sur le long terme. D'un côté, il y a un garçon "ordinaire" qui subit la violence du harcèlement par peur mais qui se pose des questions et de l'autre une fille gravement atteinte au niveau psychologique, plus dans une posture perverse dans la conception psychiatrique du terme,  c'est-à-dire dans une posture masochiste et mortifère, dans la mesure où elle donne bien moins l'impression de subir que de choisir ce calvaire, à l'image de ces femmes que le catholicisme qualifiera de saintes vierges et martyres, mais que je ne peux voir autrement que comme des femmes perturbées sur le plan mental.

Et pour terminer ce billet, un mot sur la fin, très belle et très ouverte. C'est un peu comme si on était en apnée tout le long de la lecture et qu'on pouvait enfin remonter à la surface et reprendre son souffle. 

En conclusion, le dernier roman de Mieko Kawakami traite d'un sujet complexe, très éprouvant et dérangeant, y compris dans le traitement du sujet en ce qui me concerne. Une auteure qui, au-delà du malaise et du sentiment d'étrangeté qu'elle provoque chez le lecteur, suscite un intérêt certain. Une auteure qui comptera dans la littérature japonaise.

Extraits 

Les faibles sont toujours opprimés et ne peuvent rien faire. Ca, ça ne disparaîtra jamais. Et tu crois qu'il suffirait de copier les forts pour que les faibles disparaissent ? C'est ça ? Eh bien je te dis que non ! C'est juste une épreuve. C'est surmonter qui est important. 

[...]

J'ai compris que ce qu'il y avait entre moi et mon père, ce n'était pas seulement un souvenir. C'est aussi... que la faiblesse...eh bien, c'est beau. Toi et moi, ce qui nous protège tout le temps, partout, qui se dresse et nous protège, c'est la beauté d'être faibles.

Remarque : c'est Kojima qui parle, vous l'aurez compris...


Heaven de Mieko Kawakami, traduit du japonais par Patrick Honnoré, Actes Sud Littérature Lettres japonaises,  Avril 2016, 240 pages 

mercredi 12 juillet 2017

Warhaus (musique)



Je vous ai parlé précédemment du groupe Balthazar et de son année sabbatique.  Il n'y a pas que Jinte Deprez qui se soit lancé dans un projet solo avec son nouveau groupe J. Bernardt, puisque Maarten Devoldere, co-leader (chanteur et compositeur) du groupe Balthazar, s’est également lancé dans un nouveau projet. Il s'agit du nouveau groupe Warhaus, qui offre l'opportunité à Maarten Devoldere de former un tandem vocal avec sa choriste (et compagne) Sylvie Kreusch, également chanteuse de Soldier’s Heart. Aux petits jeux des comparaisons, on peut entendre des influences du côté de Nick Cave ou encore de Leonard Cohen. Il y a pire, pas vrai ? L'album s'intitule  We Fucked A Flame Into Being, un recueil des amours fanés...


dimanche 9 juillet 2017

J. Bernardt (musique)





J.Bernardt est le nouveau projet en solo de Jinte Deprez, guitariste et chanteur du groupe belge Balthazar, qui s'accorde une année sabbatique.

Jinte Deprez

Outre Jinte Deprez, la formation J.Bernardt se compose d'Adriaan Van De Velde aux synthés et de Klaas De Somer à la batterie. Des sons hip-hop et électro remplacent donc temporairement le rock alternatif du groupe Balthazar, formé en 2004 par des musiciens originaires de la région de Courtrai.

Le groupe Balthalzar


Balthazar s'était fait remarqué dernièrement en composant la bande-son du générique de la série La trêve. Bon, je ne suis pas fan de la série (mais je ne suis fan d'aucune série, pas mon truc), mais j'aime beaucoup  le générique :-)


vendredi 30 juin 2017

Bilan du mois de juin 2017

Films

Get out (2017) de Jordan Peele ****
Dans le noir (Lights Out, 2016) de David F. Sandberg  ***
Le Voyage au Groenland (2016) de Sébastien Betbeder ***
Un jour avec, un jour sans (2015) de Hong Sang-soo **
Le Promeneur d'oiseau (2014) de Philippe Muyl ***
Under the skin (2014) de Jonathan Glazer ***
Departures (Okuribito, 2008) de Yojiro Takita ***
Partition inachevée pour piano mécanique (1977) de Nikita Mikhalkov ***
L'homme qui tua Liberty Valance (1962) de John Ford ****
Anna Karénine (1935) de Clarence Brown ****

Greta Garbo dans Anna Karénine de Clarence Brown


Romans/Nouvelles


Quand sort la recluse (Flammarion, 2017) de Fred Vargas **(*)
Les filles au lion (Gallimard, 2017) de Jessie Burton **
Les visages de Dieu (Pocket, 2014) de Mallock **
Mémoires de Hongrie (Le Livre de Poche, 2006) de Sándor Márai ****
Judas Iscariote (José Corti, 2004) d'Andreïev Leonid ****

Collection Apprendre à philosopher : Érasme, Sénèque, Marx, Saint-Augustin ****

Andreïev Leonid

mardi 27 juin 2017

Un portrait en passant, Leonid Andreïev par Valentin Serov


Leonid Andreïev par Valentin Serov, 1907

Leonid Nikolaïevitch Andreïev (1871 - 1919) est l'un des écrivains les plus représentatifs de la fin du XIXe et du commencement du XXe siècle russe. Également avocat, journaliste, photographe, militant anti-tsariste avant de devenir militant anti-bolchévique, il est profondément marqué par Schopenhauer, Dostoïevski et Nietzsche. On retrouve dans son Journal, qu’il tenait à vingt ans : " Je voudrais que les hommes blêmissent d’effroi en lisant mon livre, qu’il agisse sur eux comme un opium, comme un cauchemar, afin qu’il leur fasse perdre la raison, qu’on me maudisse, qu’on me haïsse, mais qu’on me lise... et qu’on se tue ". Les nouvelles et les pièces de théâtre (lues et jouées) de Leonid Andreïev connaissent un certain succès, avant de tomber peu à peu dans l'oubli, ce qui le conduira à une tentative de suicide ratée mais qui laissera des séquelles.  Il meurt en 1919, en Finlande.  Ses œuvres, longtemps cachées dans les archives de l’ex-Union soviétique, nous sont parvenues tardivement. Elles sont actuellement disponibles dans leur intégralité chez l'éditeur José Corti Éditions, dans une traduction de Sophie Benech. Voir la présentation de Leonid Andreïev sur leur site.

Ce qu'en dit  Linda Lê :

Les âmes timides sont invitées à diriger leurs talons en arrière avant de pénétrer plus loin dans ces pages sombres. Car il y a du Maldoror chez celui qui se proclamait l’ "apôtre de l’auto-anéantissement ". Ecrivain des nerfs et des sens, Leonid Andreïev avait le don du prophète qui révèle, derrière un monde féerique, une féerie immonde. Devenu célèbre en l’espace de dix ans, disputant la place suprême à Gorki auquel il devait la publication de son premier recueil de nouvelles, il resta toute sa vie fidèle à sa passion de la vérité, qui le conduisait à briser tous les interdits. Cette audace le rendait haïssable aux yeux de la presse conservatrice et faisait de lui l’écrivain russe le plus controversé à l’aube du XXe siècle.  

Linda Lê, Le Monde des Livres, 8 juin 2000



Aux Éditions Corti :

  • Le Gouffre 
  • Dans le brouillard 
  • Judas Iscariote 
  • Jour de colère 
  • Le Journal de Satan 
  • Ekaterina Ivanovna 
  • Vers les étoiles


Bibliographie sélective :


samedi 24 juin 2017

Le peintre russe Valentin Serov

Le peintre russe Valentin Aleksandrovitch Serov est né en 1865 à Saint-Pétersbourg et décède en 1911 à Moscou. Formé par Ilia Répine et Pavel Tchistiakov, il est considéré comme le meilleur portraitiste russe de sa génération et devient le portraitiste officiel de la cour et de l'aristocratie. Il sera membre de l’Amicale des expositions artistiques itinérantes (Peredvijniki), de la Sécession viennoise et de la Sécession de Munich. L'un de ses portraits les plus célèbres est celui de Mademoiselle Mamontov, La jeune fille aux pêches (1887), fille du mécène moscovite. 

Citation :

L’historien de l’art Sarabianov affirme dans sa monographie consacrée à Valentin Serov : « l’évolution de la peinture russe des années 1880 jusqu’aux années 1910 n’est nulle autre que celle qui va de la Jeune fille aux pêches au Portrait d’Ida Rubinstein. » L’œuvre du peintre s’inscrit d'emblée dans une période complexe de transition, pendant laquelle il n’est indifférent à aucune des recherches de ses contemporains, sans pour autant, à aucun moment, sacrifier à l’héritage classique. Mais n’aborder son travail qu’au regard de celui ses pairs serait une erreur. Toujours en décalage avec ce qui l’entoure ou avec ce que l’on croit devoir attendre de lui, la peinture de Serov est d'abord extrêmement personnelle.



Portrait de la jeune fille aux pêches, 1887

Portrait de Zénaïde Youssoupoff, vers 1900


Portrait de Yevdokia Loseva,1903

Portrait de Henriette Leopoldovna Girschmann, 1907
  
Portrait de Maria Akimova, 1908

Portrait d'Ida Rubinstein, 1910

Portrait d'Izabella Grunberg, 1910


Autoportrait

mercredi 14 juin 2017

Citation du jour, Mémoires de Hongrie de Sándor Márai



L'écrivain qui, dans la misère et la désolation - lot commun de tous, en temps de paix comme en temps de guerre -, proteste de sa  « sincérité » oublie l'une des lois essentielles de son métier, lequel ne sait rien de la sincérité. En littérature, comme dans la vie, seul le silence est « sincère ».  Dès lors qu’on s’adresse au public, qu’on soit écrivain ou comédien, on cesse d’être franc – on pose.

 Mémoires de Hongrie de Sándor Márai






Du même auteur, sur ce blog :

* Les braises de Sándor Márai
* L'héritage d’Esther de Sándor Márai


mardi 13 juin 2017

L'homme est-il immortel ? de Robert Ettinger

Première édition de « L’homme est-il immortel ? », écrit en 1964 par Robert Ettinger, professeur universitaire de physique et de mathématique américain, principal fondateur du mouvement cryogénique. Comme son titre l’indique, sa thèse porte sur la congélation des corps en vue d'atteindre… l'immortalité, et bien oui, rien que ça me direz-vous.


Petit résumé trouvé sur le wiki :

Ce livre contient quatorze expériences de pensée sur le thème de l’identité. Sa préoccupation est de cerner quelles sont les transformations d’un individu qui nous paraissent acceptables (cryogénisation comprise) pour considérer qu’il est toujours lui-même.

Ah qu'il est bon de se plonger dans cette époque où la science était encore synonyme de bonheur futur, d'amélioration des conditions de vie, de mort, où tout était encore possible…

Ce savant donc, très optimiste (quand je vous disais que nous étions dans les années 60), a la certitude que nous pratiquerons avec succès la congélation et la réanimation du corps humain moins de cinq années écoulées après la parution de son livre (fin des années 60 donc).

Très sûr de son fait, l'auteur envisage d'emblée les problèmes qui se poseront à ce moment-là. Où stockerons-nous les cadavres en sursis ? Le refus de congeler sera-t-il considéré comme un meurtre ? Un cadavre pourra-t-il voter ? Et quand les congelés ressusciteront, où trouveront-ils un espace vital ?

Autant de questions – finalement pertinentes et extrêmement instructives - autant d’expériences de pensée.

Quelques extraits pour illustrer tout cela :

Page 170 :
« Grâce à des procédés super-chirurgicaux (qui ne sont peut-être pas éloignés dans l'avenir) nous extrayons les cerveaux de deux hommes, et nous les échangeons. Cette opération peut sembler triviale à certains. La plupart d'entre nous, en y réfléchissant, conviendront que c'est le cerveau qui importe le plus, et non les bras, les jambes ni même le visage.

[…] La réunion du cerveau de Paul et du corps de Pierre sera probablement considérée comme Paul. Mais deux facteurs au moins rendent cette expérience moins simple.

D'abord, si l'expérience était effectivement faite et non pas un simple sujet de discussion, le choc émotionnel des deux sujets serait prodigieux. Leurs femmes seraient profondément frappées, tout autant que les sujets. De plus, Paul-dans-le-corps-de-Pierre changerait rapidement, puisque la personnalité dépend grandement du milieu, et que le corps est une partie importante du milieu dans lequel évolue le cerveau.

Et puis si nous voulions bien considérer que les bras, les jambes, la figure et les intestins ne sont pas des attributs essentiels de la personnalité – que dire des testicules ?

Si Paul-dans-le-corps-de-Pierre couche avec une femme, il ne peut engendrer que l'enfant de Pierre, puisqu'il porte en lui les spermatozoïdes de Pierre !

Les problèmes psychiatriques et juridiques que l'on imagine seraient vraiment fantastiques. »

Page 132 :

« Dans l'ère nouvelle, l'horreur du crime ne dépendra plus seulement du mobile ou des circonstances, mais aussi du degré des altérations infligées au corps.
Mon grand-père avait l'habitude de distinguer deux sortes de paresseux, les "flemmards" et les "infects flemmards". La société distinguera peut-être maintenant entre le simple criminel et l'infect assassin. Si la victime est arrosée d'essence et carbonisée, ou passée à la moulinette ou jetée dans le vide-ordures en petits morceaux, ou dans un marécage et laissée aux alligators, ce sera un crime infect et des plus odieux. Mais s'il s'agit seulement d'une balle dans le cœur, et que la victime est rapidement découverte et congelée, alors ce sera une forme d'assassinat tout à fait civilisée. »

Décidément, ce bon docteur Ettinger ne manque pas d'imagination !
 
Pour être tout à fait honnête, après tous les problèmes soulevés par ce brave savant, on en vient à se demander si le fait de pouvoir congeler les corps afin de les réanimer en temps voulu n'apporterait pas plus d'inconvénients que d'avantages.


Pour la petite histoire, la France a légiféré concernant la cryogénisation : l'utilisation de la technique qui consiste à congeler le corps du défunt – communément appeler cryogénisation – est en effet interdite par la règlementation funéraire puisque le cercueil contenant le corps du défunt doit être inhumé on incinéré dans les 6 jours qui suivent le décès (articles R. 2213-33 et R. 2213-35 du Code général des collectivités territoriales).

Voir l'affaire Martinot en France.

"L'âge d'or" dont parle continuellement le docteur Ettinger n'est visiblement pas pour demain… mais son âge d'or fait aussi terriblement froid dans le dos (sans mauvais jeu de mots, enfin si, un peu tout de même).

Qu'est devenu le corps de Robert Ettinger, surnommé le "père de la cryogénisation",  décédé en 2011 à l'âge de 92 ans aux États-Unis ? Une petite explication s'impose, et c'est ici que cela se trouve. Quoi qu'il en soit, trois instituts offrent des services de cryogénisation dans le monde : Alcor Life Extension Foundation et Cryonics Institute (dont le fondateur est Robert Ettinger) aux États-Unis, et KrioRus en Russie.

Le Prix Nobel de Littérature, José Saramago, s'était aussi amusé avec la mort dans son roman Les intermittences de la mort et, ma foi, c'était plutôt une bonne lecture.

mercredi 7 juin 2017

Séquence nostalgie : Billy Idol - Sweet Sixteen



I'll do anything
For my sweet sixteen,
And I'll do anything
For little run away child

 ...ou l'histoire d'un amour de jeunesse pour une jeune fille de seize ans.


mardi 6 juin 2017

L'homme qui tua Liberty Valance de John Ford

The Man Who Shot Liberty Valance de John Ford
Avec John Wayne, James Stewart, Lee Marvin, Vera Miles, Lee Van Cleef
1962, États-Unis


Synopsis

Après des années d'absence, le sénateur Ransom Stoddard (James Stewart) retourne à Shinbone avec sa femme Hallie (Vera Miles) pour assister à l'enterrement de son vieil ami, Tom Doniphon (John Wayne). Les journalistes s'interrogent : pourquoi le sénateur a-t-il tenu à faire ce voyage à tout prix ? Qui était donc ce Tom Doniphon ? Retour sur l'histoire de Ransom Stoddard. Jeune juriste, il avait quitté l'Est pour le Far West. Sa diligence ayant été attaquée par des bandits, Ransom Stoddard s'était indigné et le chef de la bande, Liberty Valance (Lee Marvin), l'avait alors sauvagement frappé. Une haine inexpiable devait lier les deux hommes, mais Stoddard avait beaucoup à apprendre sur les moeurs de l'Ouest... 


 Mon avis

Je ne connais pas bien  le cinéma de John Ford (à l'exception de Marie Stuart, L'homme tranquille, Les cavaliers et Frontière chinoise, seuls films vus jusqu'à présent de sa - très longue - filmographie, avec celui-ci). Encore moins ses thématiques habituelles, ni la personnalité - visiblement assez complexe - du réalisateur. Et je n’ai pas envie, du moins à ce stade, de faire des recherches plus approfondies sur ce réalisateur, préférant dans un premier temps découvrir avec "un regard innocent" (hmhm) les autres films de John Ford. Pas trop envie non plus de décortiquer « L’Homme qui tua Liberty Valance », d’abord parce qu’il y aurait beaucoup trop à en dire (le film est vraiment très riche), ensuite parce que Strum en a déjà très bien parlé. Je vous invite donc bien volontiers à lire son compte-rendu, que vous retrouverez ici, et qui complétera mon propre commentaire, volontairement plus succinct.    

Je me contenterai donc de vous livrer quelques réflexions qui me viennent spontanément à l’esprit, quelque chose écrit sur le vif.  J’avais sans doute quelques a priori sur le cinéma de John Ford, dans la mesure où j’ai véritablement été surprise par la richesse des thématiques abordées, par la nostalgie et la mélancolie qui en ressortaient, ainsi que par le sens de la nuance et de l’ambigüité du propos.  J’ai vu ce film comme un film sur la perte de l’innocence.  Sur le fondement d’une nation qui ne pourra pas faire abstraction de la violence, et ce malgré toutes les meilleures intentions du monde.   Des fondations reposant notamment sur le mensonge, via la création de ses propres mythes. L'homme qui tua Liberty Valance, c'est aussi l'histoire d’une femme prise entre deux hommes, un homme qui se conjuguera bientôt au passé (la virilité et la force tranquille de John Wayne) et un homme qui nous projette déjà dans le futur (le sympathique et vertueux James Stewart).  Enfin,  L'homme qui tua Liberty Valance, c'est l'histoire émouvante des perdants, que je qualifierai de magnifiques (Tom Doniphon/John Wayne, Pompey/Woody Strode), ceux qui n’auront jamais le visage de cette Amérique ambitieuse et triomphante.  Mais si Tom Doniphon et Pompey ne sont pas « des gagnants », ils ont pour eux la noblesse du cœur, la dignité, la fidélité et le sens du sacrifice, sachant se mettre en retrait lorsque les circonstances le demandent. John Ford nous dit aussi que choisir, c'est mourir un peu. Il reste les souvenirs et la mélancolie de ceux qui n'ont pas oublié, avec ce petit quelque chose qui nous rappelle…  

Ce film nous laisse finalement sur une note de tristesse et de compassion.  Tout en éprouvant le plus grand respect envers ceux qui ont su conserver une certaine grandeur d'âme.



dimanche 4 juin 2017

Le samovar

" Le samovar est un nom qui vient de deux mots russes : samo, soi-même, et varit, bouillir. Ce n’est donc pas un ustensile à faire du thé, mais à obtenir et à conserver de l’eau bouillante. Ces urnes de cuivre, pansues et rutilantes, étaient traversées par une cheminée verticale portant à sa base une petite grille destinée à recevoir des braises. L’eau, versée par la haut du récipient, entourait la cheminée et s’échauffait à son contact. 

Une théière, pleine de thé concentré, tiédissait sur la couronne du samovar. Il suffisait d’ouvrir le robinet de l’appareil pour avoir de l’eau bouillante à toute heure du jour et de la nuit. 


Pouchkine, par exemple, buvait son thé dans un verre sans pied, sa femme – comme le voulait la coutume – dans une tasse. Bien entendu, les verres sans pied étaient enchâssés dans un support à anse, pour qu’on pût les prendre sans se brûler les doigts. Toutes les classes de la société de Saint-Pétersbourg obéissaient à cet usage, et dans les grandes maisons les supports étaient de véritables pièces d’orfèvrerie, le plus souvent en argent. "

Dictionnaire amoureux de Saint-Pétersbourg par Vladimir Fédorovski, Extrait



Le thé (1914) par Konstantin Makovski

Près du samovar (1956) par Vladimir Stojarov

Samovar (1926) par Kuzma Petrov Vodkin

Samovar (1913) par Kazimir Malevich