lundi 23 janvier 2017

L'artiste peintre Nathalie Gontcharoff

Natalia Sergueïevna Gontcharova (Наталья Сергеевна Гончарова), née le 4 juin 1881 à Ladyjino  et morte le 17 octobre 1962 à Paris, est une peintre, dessinatrice et décoratrice de théâtre d'origine russe naturalisée française en 1939 sous le nom de Nathalie Gontcharoff. Elle est aussi l'arrière-petite-nièce de Natalia Nikolaïevna Gontcharova, l'épouse du poète russe Alexandre Pouchkine. Née dans une famille noble, elle fit ses études à Moscou et participa activement au renouveau esthétique, comme le cubisme, le rayonnisme, le futurisme et le néo-primitivisme.  Elle sera la compagne de Michel Larionov.


Avion sur le train, 1913

Les évangélistes (en quatre parties), 1911

Liturgie - esquisse d un costume, 1914


 


Lampe électrique, 1913



Conception pour toile de fond finale, 1926


Pour en savoir plus sur  Nathalie Gontcharoff : Natalia Gontcharova: son œuvre, entre tradition et modernité par Denise Bazetoux, Arteprint, 2011 - 435 pages.

Quatrième de couverture 

Natalia Gontcharova fait partie de ces artistes majeurs restés méconnus alors qu'ils furent à l'origine des bouleversements de l'Art contemporain et de la peinture du XXe s. Elle fut un des premiers artistes à participer à l'activité créatrice intense de Moscou pendant la décennie qui a précédé la Révolution russe. Avec Larionov, son compagnon durant toute sa vie, elle jouera un rôle de premier plan dans l'élaboration du Manifeste du Rayonnisme qui devait profondément influencer tout l'Art occidental. Étudier son oeuvre, c'est mettre en lumière son rôle dans l'évolution de l'expression picturale de l'époque en montrant à travers ses tableaux comment, partie de la tradition, elle aboutit à la modernité. Ainsi, en retraçant ce qui fut l'aventure de l'Avant-Garde et en décrivant les divers contextes dans lesquels celle-ci s'est déroulée, il devient dès lors possible de cataloguer son oeuvre. Aujourd'hui paraît le premier tome d'un catalogue raisonné qui en comportera plusieurs, dont un spécialement consacré aux travaux pour le théâtre et les ballets.


samedi 21 janvier 2017

Les Possédés par Andrzej Wajda

Les Possédés d'Andrzej Wajda
Avec : Isabelle Huppert, Jutta Lampe, Philippine Leroy-Beaulieu, Bernard Blier, Omar Sharif, Lambert Wilson, Jerzy Radziwilowicz, Jean-Philippe Écoffey, Laurent Malet,
France, 1988


Synopsis

Dans une ville de province russe, vers 1870, un groupe de révolutionnaires a décidé de renverser l'ordre ancien. Entraînés par leur chef cynique et haineux, ils se vouent corps et âmes à un Messie, le sombre Stavroguine, aristocrate décadent.


Mon avis

Adapter Les Possédés d'après Fiodor Dostoïevski, il fallait oser ! Et même si le film n’est pas une totale réussite, le réalisateur Andrzej Wajda a le mérite d'avoir eu l'audace de relever ce défi. Pour ce faire, il resserre l’intrigue du roman en se focalisant essentiellement sur son épine dorsale, quitte à abandonner la foultitude des personnages secondaires. L’avantage de ce choix permet au spectateur de suivre assez aisément l’histoire principale, et ce même s’il n’a jamais lu le roman auparavant. Mais ce que le film gagne en simplification et visibilité, il le perd malheureusement en intensité et éclatement de l'intrigue, avec toute la frénésie, le fracas et la démesure qui se déployaient à merveille à travers les multiples personnages, bref tout ce qui faisait aussi le sel et l’intérêt du roman. Mais c'est le prix à payer pour en faire un film d'un peu moins de deux heures. Si les images sont superbes et la mise en scène réussie, son côté un peu théâtral ne m'a pas toujours convaincue. Du côté des acteurs, la mixité franco-polonaise de la distribution n’est pas très heureuse (il y a décidément trop de français) et seule l’interprétation de l’acteur Jerzy Radziwilowicz vaut la peine d’être relevée. On n’évite pas non plus certaines postures assez caricaturales et quelques intrigues secondaires bien trop peu développées pour en saisir toutes les nuances et les implications. Mais l’essentiel (la ligne directrice du roman) s’y retrouve, ce qui n’est déjà pas si mal !

Mais si je vous parle aujourd’hui de ce film, qui se laisse voir bien volontiers mais sans pour autant susciter un enthousiasme débordant, c’est surtout parce que je le considère comme un excellent tremplin pour vous amener vers la lecture du roman Les Possédés (ou Les Démons, selon les traductions) de Fiodor Dostoïevski. Se familiariser avec la plupart des personnages principaux du film permet au lecteur d’atténuer la difficulté de se faire à la multitude des personnages secondaires du roman (les noms russes à rallonge n’aident pas non plus à ce niveau). Le fait que le film commence là où le roman est déjà à la 200e page fournit au lecteur la possibilité de mieux saisir les relations existantes entre les protagonistes, ce qui amène à une meilleure compréhension des sous-intrigues à peine ébauchées dans sa version filmée, tout en ne perdant jamais de vue la ligne directrice du récit (si on ne voit pas le film avant, on risque de s'y perdre plus facilement). Enfin, l'adaptation par Andrzej Wajda sacrifie la plupart des personnages féminins, alors qu’elles sont nombreuses et importantes dans le roman. Et il serait bien dommage que vous passiez à coté...

En conclusion, si la lecture du roman Les Possédés de Fiodor Dostoïevski vous tente depuis longtemps mais sans jamais avoir osé le commencer (parce que foisonnant, énorme et monstrueux, parce que Fiodor Dostoïevski n’est pas un auteur réputé comme étant un écrivain "facile à lire"), et bien je ne peux que vous conseiller de voir auparavant le film adapté par Andrzej Wajda, qui constituera une excellente base de départ, tout en vous facilitant grandement votre lecture par la suite.

Pour en savoir plus sur le réalisateur Andrzej Wajda (1926 - 2016), je vous renvoie à L'oeuvre politique d'Andrzej Wajda à travers cinq grands films. Je cite : "Andrzej Wajda fut l'auteur de plus d'une cinquantaine de films : Cendres et Diamant (1958), son dyptique L’Homme de marbre (1977) et L’Homme de fer (1981), Le chef d’orchestre (1980), Danton (1982, avec Gérard Depardieu), Un amour en Allemagne (1983), Les Possédés (1988), Korczak (1990), Pan Tadeusz (1999), et plus récemment, L'Homme du peuple (2013). Tous, ou presque, tendaient à incarner une certaine mémoire polonaise face au mensonge communiste. En 2000, un Oscar lui avait été décerné pour l'ensemble de son oeuvre."




A lire également sur ce blog :

* Les possédés de Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski

vendredi 20 janvier 2017

Un portrait en passant, Anna Akhmatova par Nathan Altman

Portrait d'Anna Akhmatova par Nathan Altman, 1914

Le peintre Andreï Remnёv

Andreï  Remnёv (Андрей Ремнёв), né en 1962 à Yachroma (Moscou), est un peintre russe contemporain.  Après avoir été diplômé de l'Académie des Beaux-Arts Vassili Ivanovitch Sourikov, il consacre huit années de sa vie à l'étude de l'iconographie médiévale au monastère Andronikov du Sauveur. Il a travaillé à Chypre, en France et en Suisse













mardi 17 janvier 2017

Les possédés de Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski

Extraits

Nous prêcherons la destruction... cette idée est si séduisante !  

[...]

Ce sera un bouleversement comme le monde n'en a jamais vu... La Russie se couvrira de ténèbres, la terre pleurera ses anciens dieux...

[...]


J'ai déjà signalé l'avènement des petites gens dans notre ville. C'est un phénomène qui a coutume de se produire aux époques de trouble ou de transition.  Je ne fais pas allusion ici aux hommes dits 'avancés' dont la principale préoccupation en tout temps est de devancer les autres : ceux-là ont un but - souvent fort bête, il est vrai, mais plus ou moins défini.  Non, je parle sérieusement de la canaille.  Dans les moments de crise on voit surgir des bas-fonds sociaux un tas d'individus qui n'ont ni but, ni idée d'aucune sorte, et ne se distinguent que par l'amour du désordre.  Presque toujours cette fripouille subit à son insu l'impulsion du petit groupe des 'avancés', lesquels en font ce qu'ils veulent, à moins qu'ils soient eux-mêmes de parfaits idiots, ce qui, du reste, arrive quelque fois.


Mon avis

Cinq années séparent la première publication du roman Crime et Châtiment (1866) à celle du roman Les Possédés (1871), et cela se sent dans le traitement des personnages principaux respectifs, nettement plus sombres, manipulateurs et cyniques dans ce dernier roman. Si Raskolnicov (personnage principal de Crime et Châtiment) n’a jamais regretté d’avoir commis un meurtre, il avait au moins la vertu de ne pas pouvoir l’assumer et de s’engager progressivement sur la voie de la rédemption.

Extrait du film Les possédés par Andrzej Wajda
Rien de tel avec Piotr Stépanovitch Verkhovenski du roman Les Possédés : orgueilleux, fourbe, menteur, comploteur, assassin et manipulateur, il accomplira son dessein sans faiblir, n’éprouvant aucun doute ni remord tout au long du roman. Piotr est un meurtrier qui profite de l’affaiblissement de la Russie pour assouvir sa soif de violence et de domination en prenant la tête d’un groupe de dissidents, des bras cassés sans beaucoup d’envergure. Semant le trouble et la confusion dans une province proche de Saint-Pétersbourg, il assure son pouvoir en faisant du meurtre de l’un des dissidents, présenté comme traitre, le ciment indissoluble des autres membres du groupe, reliés à jamais par le sang versé et leur complicité criminelle.


A côté de ce personnage décadent, nous retrouvons Nikolaï Vsévolodovitch Stavroguine, un homme déchu issu de l’aristocratie à la personnalité nettement plus ambiguë et pour lequel on éprouve, presque malgré soi, une certaine compassion sur la fin. Entre les deux, une multitude de personnages se côtoient ou plutôt se fracassent, tant ils sont gouvernés par des forces qui les dépassent, celles de leurs pulsions, obsessions et passions diverses : chacun s’évertue à trouver son maître sans jamais être payé en retour, le maître se révélant le plus souvent bourreau, parfois bien malgré lui.

Nous sommes en plein dans le roman russe, avec cet éclatement des passions et des tensions sociales dans toute sa splendeur, avec cette fascination pour toute forme d’autodestruction, de folie suicidaire ou de violence meurtrière, et cette attraction fatale pour tout ce qui touche au schisme ou à la dissidence. Sans oublier la question religieuse, quand l’homme se détourne de Dieu pour mieux idolâtrer ses idoles. Nous sommes bien chez Dostoïevski, qui interroge sans cesse le salut de l’âme par la nécessité de croire en Dieu et la générosité du pardon. Pour Dostoïevski, adhérer au socialisme, au nihilisme, à l’athéisme, c’est faire l’abstraction de la divinité en y perdant résolument son âme russe, sans plus aucun moyen de salut possible. Il ne reste alors plus que l’anarchie, l’immoralité, la soumission au plus fort, la fuite, le repli ou le suicide. Un texte vif, grouillant, foutraque. On est pris dans la tourmente, la démesure et l’exaltation des sentiments.

En guise de conclusion, je laisse la parole à Fiodor Dostoïevski, qui s'exprime à propos des terroristes : "Disons-le sans détour: c'est de la folie, mais en même temps ces fous ont leur logique, leur doctrine, leur code, leur Dieu même. On ne peut être plus déterminé."

Les Démons ou Les Possédés de Dostoïevski fut publié en feuilleton à partir de 1871 jusqu'en 1872 dans Le Messager russe. La Russie connaissait à cette époque de nombreux troubles, et l'empereur Alexandre II (dit « Le Libérateur », de par les nombreuses réformes qu'il avait mis en œuvre pendant son règne, dont l'abolition du servage en russie),  fut la cible de onze tentatives d'assassinat. Il succombera à ses blessures lors du dernier attentat, à la date du 13 mars 1881 à Saint-Pétersbourg.


Quatrième de couverture

 "Est-il possible de croire? Sérieusement et effectivement? Tout est là." Stavroguine envoûte tous ceux qui l'approchent, hommes ou femmes. Il ne trouve de limite à son immense orgueil que dans l'existence de Dieu. Il la nie et tombe dans l'absurdité de la liberté pour un homme seul et sans raison d'être. Tous les personnages de ce grand roman sont possédés par un démon, le socialisme athée, le nihilisme révolutionnaire ou la superstition religieuse. Ignorant les limites de notre condition, ces idéologies sont incapables de rendre compte de l'homme et de la société et appellent un terrorisme destructeur.

Sombre tragédie d'amour et de mort, Les Possédés sont l'incarnation géniale des doutes et des angoisses de Dostoïevski sur l'avenir de l'homme et de la Russie. Dès 1870, il avait pressenti les dangers du totalitarisme au XXè siècle. 


Les possédés de Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski, Traduction de Victor Derély (1886), Édition Ebooks libres et gratuits, 768 pages.

A découvrir également sur ce blog :

* Crime et châtiment de Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski
* Les Possédés, adapté par Andrzej Wajda

dimanche 15 janvier 2017

L'Utopie de Thomas More

Extrait

J'aimerais bien que quelqu'un osât s'enhardir à comparer l’équité des Utopiens à la justice que font les autres nations : puissé-je mourir si j’ai trouvé chez elles aucune trace ni apparence de vrai et légitime droit. Mais quelle justice est-ce lorsqu’on voit quelque gentilhomme, quelque orfèvre ou quelque usurier, ou d’autres qui soit ne font absolument rien, soit ne font que des choses qui ne sont pas grandement nécessaires à l’utilité de la République, mener si grand train et vivre si magnifiquement de leur oisiveté ou d’une négoce superflu et vain ? Vu que cependant un pauvre serviteur, un charretier, un forgeron, un maçon, un charpentier, un manœuvrier et un laboureur, bien que leur labeur soit si nécessaire qu’une République ne pourrait durer un an sans eux, mènent leur vie si pauvrement et sont tous si mal traités qu’il pourrait sembler que les chevaux aient un meilleur sort qu’eux (…) 

C’est pourquoi, quand je pense à toutes ces Républiques qu’on dit aujourd’hui être en maints lieux florissantes et opulentes, je n’y vois rien d’autre, que Dieu m’en soit témoin, qu’une sorte de conspiration des riches qui, sous couleurs d’être assemblés pour régir le bien public, pensent seulement à leur profit privé ; ils imaginent et inventent toutes les manières et finesses par lesquelles ils pourraient d'abord garder sans crainte de les perdre les biens qu'ils ont amassés par leurs crimes, ensuite en acquérir d'autres qui ne leur coûtent guère par le labeur et travail de tous les pauvres, et abuser desdits pauvres.

Présentation de l’œuvre

L’année 1492 est celle où Christophe Colomb découvre l’Amérique. Une date capitale qui marque la fin du Moyen Age et l’entrée dans la modernité. Un nouveau monde pour un nouveau continent, qui rend du coup le nôtre bien vieux et surtout plus relatif. C’est dans ce contexte que Thomas More projette d’écrire un récit inspiré de la République de Platon et de son communisme. Thomas More, qui n’est pas encore chancelier d'Angleterre mais déjà un homme de loi reconnu, mène des missions diplomatiques pour le compte du roi Henri VIII. En mai 1515, il part en ambassade en Flandres pour des négociations commerciales. A l’occasion de la suspension de ces dernières, Thomas More ne rentre pas directement en Angleterre mais se rend chez son ami Pierre Gilles. Il profite de son temps libre pour écrire une partie de L’Utopie, qu’il finalisera à Londres. L’ouvrage est terminé en septembre 1516 et More l’envoie à Erasme. En décembre 1516, l'ouvrage est édité pour la première fois par Pierre Gilles d’Anvers sur les presses de Thierry Martens d’Alost, imprimeur de l’Université de Louvain. C’est d’ailleurs à l’occasion des 500 ans de la toute première édition de cet ouvrage que la ville de Leuven a pris l’initiative de fêter dignement cet évènement, et ce via deux expositions : À la recherche d’Utopia et Utopia & More.

L’Utopie est un récit hybride dans lequel la première partie prend volontiers l'apparence autobiographique pour mieux céder la place en seconde partie à l’apologie du modèle utopien. En nous faisant croire que le navigateur portugais Raphaël Hythlodée était l’un des compagnons de voyage de Vespucci et qu’il vécut quelques années sur le nouveau continent avant de revenir en Europe pour en témoigner, ce n’est pas tant un récit ethnographique que Thomas More nous invite à suivre qu’un récit de voyage imaginaire. Un récit qui est avant tout une méditation philosophique, même s’il prend volontiers l’aspect d’un traité portant sur le meilleur modèle de constitution politique possible. En tout cas tel que rapporté par Raphaël Hythlodée, depuis son séjour sur l’île Utopia et son expérience chez les Utopiens.

Thomas More par Hans Holbein le Jeune, 1527
L’intention de Thomas More est plus que louable, mais il faut bien avouer que je ne mettrais pas un pied sur cette île si elle devait exister.  L’enfer est décidément pavé de bonnes intentions. Évidemment, certaines propositions sont assez séduisantes ou en avance pour l’époque : la propriété privée est abolie, l’usage de l’argent n’existe plus, l’euthanasie est pratiquée, les hommes et les femmes ne travaillent pas plus de 6 heures par jour, les hommes comme les femmes ont accès aux études, le vice de l’ambition est interdit, les malades bien soignés, la tolérance religieuse est une obligation, l’intégrisme religieux est condamné... Mais d’autres propositions se révèlent nettement moins emballantes. Le contrôle des naissances n’est par exemple pas envisagé. Aussi, une famille ne doit jamais comporter moins de dix enfants. Les Utopiens ont l’obligation de vivre une grande partie de leur vie en communauté et le plus ancien est le maître de la famille. Les femmes sont dans l’obligation de servir leur mari et ont la charge de préparer la nourriture pour l'ensemble de la communauté (quelles perspectives réjouissantes, on se demande quand elles trouveraient le temps d'étudier entre les multiples grossesses, les soins donnés aux enfants - confiés exclusivement à ses soins jusqu'à  l'âge de trois ans si mes souvenirs sont bons - et la préparation des trois repas de la journée). Il n’est pas question non plus de quitter la cité sans permission légale ni de ne pas croire en Dieu (il peut prendre la forme qu’il veut mais il faut croire en quelque chose).

En conclusion, le pays d’Utopie (du grec Outopos, nulle part) ou le pays de nulle part est, comme son nom l’indique, un pays imaginaire (même si présenté comme vrai dans le récit) qui possède un modèle de constitution supposé être idéal mais non avenu car impossible à transposer dans le monde réel. Outre le fait que L’Utopie représente un modèle de bonheur, de sagesse et de justice sociale dont pourraient s’inspirer les Européens en leur offrant quelques pistes, Thomas More nous invite également à regarder « autrement » l’Ancien Monde à partir du Nouveau Monde. C’est sans doute en cela que son récit est le plus interpellant, quand il nous présente en creux une critique des plus virulentes de la politique anglaise de son époque. Certains traits d’ailleurs sont malheureusement toujours d’actualité…


L'Utopie de Thomas More, Traduction du latin par Jean Le Blond et Barthélemy Aneau, revue par Guillaume Navaud, Édition Gallimard, Collection Folio Classique, 2012,  383 pages.

samedi 14 janvier 2017

Baccalauréat de Cristian Mungiu

Baccalauréat de Cristian Mungiu
Avec Adrian Titieni, Maria Drăguș, Lia Bugnar
Roumain, Français, Belge - 2016


Synopsis

Romeo, médecin dans une petite ville de Transylvanie, a tout mis en œuvre pour que sa fille, Eliza, soit acceptée dans une université anglaise. Il ne reste plus à la jeune fille, très bonne élève, qu’une formalité qui ne devrait pas poser de problème : obtenir son baccalauréat. Mais Eliza se fait agresser et le précieux Sésame semble brutalement hors de portée. Avec lui, c’est toute la vie de Romeo qui est remise en question quand il oublie alors tous les principes qu’il a inculqués à sa fille, entre compromis et compromissions…


Mon avis

Cristian Mungiu met en scène un père de famille (l’excellent Adrian Titieni) qui pose des actes qui vont à l’encontre des valeurs morales transmises à sa fille. Il dénonce la corruption et les petites magouilles de la Roumanie mais ne peut pas s’empêcher d’y recourir pour falsifier les résultats au bac d’Eliza. Il veut ce qu’il croit être le meilleur pour sa fille, à savoir préparer son avenir en poussant Eliza à l’émigration, alors qu’elle préfèrerait rester près de sa famille.  Il se veut un homme intègre et droit alors qu’il trompe sa femme et vit continuellement dans le mensonge. 

Le réalisateur aborde, à travers le prisme d’une relation père/fille intense, les espoirs déçus d’un homme qui mise dorénavant tout sur sa fille, quitte à croire aveuglement au miroir aux alouettes qu’offre la perspective d’aller étudier à l’étranger. Qu’elle parvienne là où il a le sentiment d’avoir échoué, quitte à perdre un peu de son prestige aux yeux de sa fille, en recourant à des méthodes peu reluisantes qu’il a toujours dénoncées. Un homme qui commence à vaciller sur ses bases lorsqu’il se retrouve dans les convulsions déclenchées par ses petites intrigues douteuses pour atteindre son but coûte que coûte, un homme en proie à une inquiétude existentielle lorsque sa fille le confronte sans détours à ses actes en lui intimant de ne plus mentir à sa mère.

Un conte moral un peu bavard mais qui vise juste, tout en laissant parfois un peu trop la part belle à l’implicite et au sous-entendu. L’interprétation de l’acteur Adrian Titieni, qui joue le père, est absolument remarquable.

Baccalauréat de Cristian Mungiu a remporté le Prix de la mise en scène au Festival de Cannes 2016.